Selon une récente revue Cochrane, les infirmières et infirmiers peuvent assumer de nombreuses tâches jusque-là réservées aux médecins, sans nuire à la qualité des soins. L’ASI y voit un argument en faveur du renforcement de leurs responsabilités.
Demandez à votre médecin – ou à votre infirmière× Le réseau Cochrane s’est intéressé aux résultats obtenus par des infirmières assumant, à l’hôpital, des tâches jusqu’alors réservées au personnel médical. Leur revue systématique inclut 82 études contrôlées randomisées portant sur un total de plus de 28 000 participants. Parmi ces 82 études, 70 ont pu être intégrées à une méta-analyse. Michelle Butler, Marcia Kirwan, Vera JC Mc Carthy, et al.: «Substitution of nurses for physicians in the hospital setting for patient, process of care, and economic outcomes», dans: «Cochrane Database of Systematic Reviews», février 2026. DOI: 10.1002/14651858.CD013616.pub2 Dans l’ensemble, les chercheurs n’ont constaté aucune différence significative entre le personnel infirmier et le personnel médical concernant les critères médicaux examinés: mortalité, sécurité des patients, qualité de vie et sentiment d’efficacité personnelle. Évidence modérée à faible La plupart des études incluses provenaient de pays à revenu élevé, dont le Royaume-Uni (32 études) et les Pays-Bas (12). Par ailleurs, dans un grand nombre d’entre elles, les infirmières participantes disposaient d’une qualification complémentaire, notamment en tant qu’infirmières spécialisées (37 études), infirmières de pratique avancée ou infirmières praticiennes (18 études). Compte tenu de l’hétérogénéité marquée de ces travaux, les auteurs ont estimé que le niveau de preuve étayant leur évaluation variait de modéré à faible selon la question considérée. Dans certaines situations, les infirmiers et infirmières intervenaient en totale autonomie, tandis que dans d’autres, leur pratique s’inscrivait sous la supervision et l’accompagnement d’un médecin. En outre, plusieurs études remontaient à plus de vingt ans, et seules cinq intégraient des dispositifs de télémédecine parmi les approches innovantes examinées. ASI: «Le résultat d'un travail d'équipe» La Suisse n’était, quant à elle, pas représentée dans l’analyse Cochrane. Pour l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI), ces résultats demeurent néanmoins pertinents: «Les résultats ont confirmé que nous évoluons dans la bonne direction en ce qui concerne les qualifications des soignants», explique Roswitha Koch, responsable du département Développement des soins infirmiers de l’ASI, interrogée par Medinside. Selon elle, les infirmières et infirmiers diplômés en Suisse (ES ou BSc) sont déjà «très bien formés» après trois ans d’études et peuvent ainsi assumer des tâches auparavant «typiquement réservées aux médecins». Roswitha Koch nuance toutefois l’appréciation d’un niveau de preuve faible à modéré établie par l’analyse Cochrane. D’après elle, les résultats médicaux sont «généralement difficiles à attribuer à des groupes professionnels individuels», car ils sont le fruit du travail d’« équipes d’infirmières, de médecins, de physiothérapeutes et de nombreux autres spécialistes ». Développer son plein potentiel Selon l’ASI, le principal enseignement peut ainsi être formulé ainsi: «lorsque les infirmières et infirmiers diplômés, les infirmières et infirmiers spécialisés (par exemple en anesthésie) ou les experts en soins infirmiers Advanced Practice Nurse (APN – de niveau master) sont en mesure de mobiliser pleinement leurs connaissances et leurs compétences, on peut s’attendre à une qualité de prise en charge constante pour les patients, ainsi qu’à un allègement significatif de la charge pesant sur le corps médical». Pour l’association, cette étude vient dès lors nourrir le débat relatif à la mise en œuvre de l’initiative sur les soins infirmiers. Elle souligne notamment le caractère urgent d’une réglementation légale du rôle des APN, indispensable à l’établissement de conditions-cadres claires garantissant un exercice professionnel sûr et efficace, et permettant aux infirmières expertes APN de déployer pleinement leur potentiel. «Le scénario le plus coûteux serait de ne pas mettre en œuvre l'initiative sur les soins». «Extrêmement déçue et contrariée»: pour Yvonne Ribi, secrétaire générale de l’ASI, la décision de la CSSS du Conseil national marque un nouvel affaiblissement de l’initiative sur les soins infirmiers. Traduit de l'allemand par Jehanne Picard soins Soins infirmiers Qualité des soins Recherche cochrane ASI/SBK Partager l'article Loading Commentaire Des virus et un microbiote sain pour lutter contre les infections urinaires? La clinique Balgrist teste une nouvelle approche pour traiter les cystites à répétition: une thérapie par bactériophages associée à une transplantation de microbiote intestinal. 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